Surdités génétiques

Epidémiologie
La surdité est un handicap sensoriel très fréquent. Elle peut apparaître à tout âge. Ses conséquences dépendent du moment d’apparition, de sa bilatéralité et de sa sévérité et affectent les capacités de communication du patient et/ou son acquisition du langage oral.
La prévalence de la surdité permanente néonatale est estimée à 1 pour 1000 naissances. Près de la moitié des surdités permanentes néonatales sont sévères à profondes. De plus, 1 enfant sur 1000 développera une surdité en période post-linguale (après l’âge de 4 ans). La surdité peut également apparaître à l’âge adulte. Au total, 2,3% de la population âgée de 60 à 70 ans souffrent de surdité sévère à profonde.
La surdité peut être isolée ou associée à une ou plusieurs autres anomalies qui peuvent être très diverses (surdités syndromiques) : oculaires, cardiaques, rénales…
L’origine des surdités peut être acquise extrinsèque, génétique ou indéterminée. La connaissance des gènes impliqués dans les surdités s’est considérablement développée ces dernières années, modifiant la part respective de ces étiologies. Les cas de surdité d’origine indéterminée seraient ainsi en fait d’origine génétique. La répartition des surdités prélinguales dans les pays développées est estimée à 10-15% de surdités syndromiques héréditaires, 50 à 60% de surdités isolées héréditaires et de 20 à 30% de surdités d’origine extrinsèques.
Surdités génétiques : gènes et modes de transmission impliqués
Les surdités génétiques sont dans la très grande majorité des cas des maladies monogéniques, c’est-à-dire liées à des mutations dans un seul gène. Tous les modes de transmission peuvent se rencontrer : autosomique récessif, autosomique dominant, lié à l’X (ou au chromosome Y) et lié à des mutations de l’ADN mitochondrial. Il existe une très grande diversité génétique. Pour les surdités syndromiques, près de la moitié des gènes impliqués dans plus de 300 surdités syndromiques ont été identifiés.
Cette diversité est tout aussi importante pour les surdités isolées : 56 loci (et 23 gènes) ont été identifiés pour les surdités non syndromiques de transmission autosomique récessive (également appelées DNFB), 45 loci (21 gènes) pour les surdités non syndromiques de transmission autosomiques dominante (également appelées DNFA), 6 loci (2 gènes) pour les surdités non syndromiques liées à l’X (également appelées DNF). Un locus a été identifiés sur le chromosome Y et 2 sont portés par le génome mitochondrial.
Selon le type de mutation, un même gène peut être responsable d’une surdité non syndromique autosomique dominante, récessive ou syndromique (gènes des connexines 26, 30, 31, gène de la myosine 7A, gène SLC26A4 codant pour la pendrine…).
La liste exhaustive des gènes et loci identifiés peut être consultée sur le site (Hereditary Hearing Loss Home page).
Les surdités génétiques syndromiques
Les surdités génétiques peuvent s’intégrer dans un cadre syndromique dans 10 à 15% des cas de surdité prélinguale chez l’enfant. La surdité peut être de transmission (liée à une anomalie de l’oreille externe ou moyenne) ou neurosensorielle (altération du fonctionnement de l’oreille interne ou des voies neurologiques). Plusieurs centaines de syndromes incluant une surdité ont été décrits et plus de cents gènes impliqués ont été identifiés.
Ces syndromes peuvent être responsables d’handicaps associés à la surdité. Ces handicaps peuvent interférer avec l’apprentissage du langage (handicap neurologique, gène à l’articulation) ou gêner l’action éducative par la lourdeur de sa prise en charge (cardiopathie sévère nécessitant une longue hospitalisation). D’autres handicaps sensoriels peuvent gêner les aides à la communication utilisées par le patient sourd (atteinte visuelle).
En cas de diagnostic de surdité chez l’enfant, l’atteinte d’autres organes sont recherchées : atteinte cardiaque (syndrome de Jervelle-Lange-Nielsen), atteinte rénale (syndrome l’Alport, syndrome oto-branchio-rénal), atteinte endocrinienne (thyroïdienne : syndrome de Pendred, diabète : MIT syndrome), atteinte de la pigmentation (syndrome de Waardenburg), atteinte visuelle (syndrome de Usher), atteintes osseuses, atteintes du système nerveux …
Les surdités génétiques isolées (non syndromiques)
Elles représentent la cause la plus fréquente des surdités génétiques. Les formes congénitales se transmettent principalement selon un mode autosomique récessif (80% des cas de surdité prélinguale), alors que les surdités débutant chez l’enfant plus grand ou l’adulte se transmettent plus fréquemment selon un mode autosomique dominant.
Malgré la grande hétérogénéité génétique décrite ci-dessus, les mutations du gène GJB2 codant pour la connexine 26 (et GJB6 codant pour la connexine 30) sont les plus fréquentes (entre 30 et 50% des surdités prélinguales autosomiques récessives). Ce sont des surdités sévères ou profondes prélinguales à imagerie normale. Les mutations du gène codant pour la pendrine SLC26A4 (PDS) seraient responsables de 7% des surdités de l’enfant ; il s’agit de surdités précoces, progressives évoluant par poussées ou fluctuantes, parfois asymétriques qui s’accompagnent d’une anomalie à l’imagerie (dilatation de l’aqueduc du vestibule).